La chute de Bachar Al-Assad : Une page se tourne en Syrie
- Elsa Carlier Aubert
- 9 déc. 2024
- 3 min de lecture
Après cinquante-quatre ans de règne de la dynastie Assad, marquée par la répression et les violences, la Syrie est entrée dans une nouvelle ère. Ce dimanche, un basculement historique s'est opéré : les rebelles ont pris Damas sans combats, provoquant la fuite de Bachar Al-Assad et mettant fin à un régime autoritaire. Mais au-delà des scènes de liesse, ce bouleversement soulève de nombreuses questions sur l’avenir du pays.

La fin d’un règne autoritaire
L’effondrement du régime Assad a été aussi rapide qu’inattendu. Hayat Tahrir Al-Cham (HTS), une coalition dominée par des djihadistes, a annoncé la prise de Damas et la fuite d’Assad. Ce dernier aurait quitté la Syrie pour Moscou dans la nuit de samedi à dimanche, selon plusieurs sources. Des statues à l’effigie de Bachar et de son père Hafez, symboles de décennies d’oppression, ont été abattues dans tout le pays, traînées dans les rues par des foules en liesse.
Le Premier ministre en fonction, Mohammed Al-Jalali, a déclaré être prêt à une passation de pouvoir pacifique. L’armée du régime, minée par les désertions, a abandonné ses positions, signant la fin d’une résistance pourtant jugée durable par les observateurs internationaux.
Des scènes de joie, mais aussi de douleur
Dans les rues des grandes villes, y compris à Lattaquié, bastion alaouite, et dans les quartiers chrétiens de Damas, des foules de toutes confessions célèbrent cette nouvelle ère. Des slogans comme « Liberté » retentissent là où régnait autrefois la peur. La libération des prisonniers politiques, certains détenus depuis trois décennies, a ajouté une dimension émotionnelle à cette journée.
Cependant, des témoins rapportent des violences sporadiques dans certaines zones. Des exécutions sommaires attribuées à des factions rebelles rappellent que la transition ne sera pas sans défis.
Un tremblement de terre géopolitique
La chute d’Assad représente un revers majeur pour ses principaux alliés, l’Iran et la Russie, qui ont soutenu son régime pendant plus d’une décennie. Avec la guerre en Ukraine et une économie sous pression, Moscou n’a pas pu intervenir pour sauver son partenaire. Téhéran, affaibli par des tensions internes et des pertes militaires, voit son influence s’éroder.
À l’inverse, ce bouleversement semble profiter à des acteurs comme la Turquie et Israël, ainsi qu’aux puissances occidentales, qui pourraient jouer un rôle clé dans la reconstruction. Les États-Unis ont déjà mené des frappes aériennes ciblant des cellules de l’État islamique, soulignant leur volonté d’empêcher le chaos.
L’ombre des rebelles et des incertitudes
Si la prise de pouvoir par les rebelles est saluée par une partie de la population, elle soulève des préoccupations. HTS, bien qu’ayant rompu avec Al-Qaïda en 2016, reste classé comme groupe terroriste par plusieurs pays. Son leader, Abou Mohammed Al-Jolani, tente de se présenter comme un acteur modéré en promettant une transition ordonnée et en appelant ses combattants à éviter les institutions publiques.
Mais son passé djihadiste et les accusations d’exactions pèsent lourdement sur sa crédibilité. Le risque d’un retour au chaos ou d’une domination islamiste radicale inquiète à la fois les Syriens et la communauté internationale.
Un pays à reconstruire
Treize ans de guerre civile ont laissé la Syrie dévastée, avec plus d’un demi-million de morts et des millions de réfugiés. La chute du régime ouvre une porte à l’espoir, mais les défis sont immenses. La reconstruction nécessitera une levée des sanctions internationales et un soutien massif de la part de l’Europe et des États-Unis, selon les experts.
Les rebelles appellent les Syriens exilés à revenir et promettent un nouveau départ pour le pays. Mais les divisions internes, les ambitions des puissances étrangères, et l’histoire récente d’instabilité dans la région tempèrent l’optimisme.
La chute de Bachar Al-Assad marque un tournant historique pour la Syrie et le Moyen-Orient. Alors que le pays célèbre la fin d’une ère sombre, il entre dans une période d’incertitudes. La transition sera-t-elle pacifique ? Les rebelles parviendront-ils à instaurer un gouvernement stable ? L’avenir de la Syrie dépendra de sa capacité à surmonter ses divisions et à bénéficier d’un soutien international pour rebâtir une nation unifiée.



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