"Je n'ai pas réussi à le protéger" : au procès de l’assassinat de Samuel Paty, l'ancienne principale du collège témoigne
- Elsa Carlier Aubert
- 14 nov. 2024
- 2 min de lecture
Lors du procès des accusés dans l'assassinat de Samuel Paty, Audrey F., l'ex-principale du collège du Bois-d’Aulne, a livré un témoignage émouvant devant la cour d'assises spéciale. Elle a décrit les événements qui ont conduit à cette tragédie et exprimé sa douleur d'avoir perdu un collègue qu'elle n'a pas pu protéger.

Un collège serein bouleversé par un mensonge destructeur
Audrey F., l'ancienne principale du collège du Bois-d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, a pris la parole mardi 12 novembre devant la cour d’assises spéciale de Paris pour revenir sur les jours précédant l’assassinat de Samuel Paty. Émue, elle a décrit un établissement jusque-là tranquille, un lieu "où il faisait bon vivre," brutalement plongé dans le drame après qu'une élève de 13 ans eut diffusé un mensonge au sujet du professeur d’histoire-géographie.
Le 7 octobre 2020, cette élève, exclue pour deux jours à cause d'incivilités et d'absences répétées, raconte à ses parents une histoire inventée : elle affirme que Samuel Paty aurait montré des caricatures du prophète Mahomet à sa classe, après avoir demandé aux élèves musulmans de quitter la salle. Ce mensonge prend rapidement de l'ampleur.
Une rencontre tendue avec deux militants islamistes
Le lendemain, le père de l'élève, Brahim Chnina, se rend au collège, accompagné d'Abdelhakim Sefrioui, un militant islamiste. Dans son témoignage, Audrey F. raconte cette entrevue où Sefrioui, prétendant être un "responsable des imams de France", exige que Samuel Paty soit renvoyé pour avoir commis, selon lui, une "offense au sacré". Malgré les tentatives de l'ancienne principale pour clarifier la situation et ramener les deux hommes à la raison, la tension monte.
Lors de l’entretien, Sefrioui menace de revenir "avec des musulmans" pour manifester devant le collège si Samuel Paty n’est pas licencié. Il se lance également dans un discours victimaire, affirmant qu’un traitement différent aurait été réservé s’ils avaient été d’une autre confession.
Des vidéos virales et des menaces qui s'intensifient
Dès le soir même, Brahim Chnina publie une vidéo sur les réseaux sociaux dénonçant le professeur. Abdelhakim Sefrioui publie à son tour une vidéo similaire peu après. Rapidement, ces vidéos deviennent virales, et le collège commence à recevoir des menaces. Audrey F. multiplie les démarches pour tenter de maîtriser la situation : elle en informe la police, le service de renseignement territorial, les autorités académiques, et le rectorat, tout en cherchant à protéger le personnel et les élèves.
Le 13 octobre, elle accompagne Samuel Paty pour déposer une plainte au commissariat. Trois jours plus tard, le 16 octobre 2020, une semaine après les premières menaces, le professeur est assassiné. "La sonnerie retentit... Puis, quelques minutes plus tard, la police m’appelle pour dire qu’un événement horrible vient de se produire, qu’une personne a été décapitée," se remémore l'ancienne principale, visiblement bouleversée.
Un témoignage marqué par la culpabilité
Lors de son témoignage, Audrey F. a confié se sentir profondément atteinte et impuissante face à ce qui est arrivé. Elle décrit un "énorme gâchis" et exprime son sentiment de culpabilité. "Je n'ai pas réussi à le protéger," dit-elle, avant d'ajouter : "Je me dis que, s’il y a une justice, peut-être que je vais réussir à avancer."



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